"Filmer la danse, et après ?" par Jean-Dominique Lajoux à l'auditorium de la médiathèque d'Orléans (8 octobre 2013).
Pour cette 7ème conférence-causerie au titre elliptique de « Filmer la danse, et après ? », Jean-Dominique Lajoux prend plaisir d’emblée à nous dérouter et nous renvoie, en guise de pistes de réflexion, à d’autres questions :
Qu’attendons-nous de ce thème, nous, public essentiellement de danseurs et de musiciens ?
Que recouvre le mot « danse » ?
Quel est le sens du film ?
Il nous propose, au travers de nombreux extraits vidéo, d’aborder des danses de tout pays, de tout style, d’époques différentes pour essayer de comprendre leur signification, leur imbrication avec les modes de vie et le lien privilégié avec l’enregistrement cinématographique.
Mais qui est donc Jean-Dominique Lajoux ? A l’origine, un photographe et cinéaste professionnel « d’illustration », comme il se définit qui, au gré de ses premiers voyages (sud-Vietnam, Sahara) et de sa contribution à des recherches sur des vieux métiers en Aveyron, a pris conscience de l’importance des traces des anciennes coutumes, traditions, danses, musiques : la découverte de l’ethnologie.
L’ « illustrateur » est devenu « chercheur ». Filmer, non plus pour illustrer, mais pour rechercher par la suite afin de comprendre et d’étayer ce qui a été vu.
Alors, cherchons les origines de la danse : Selon M. Lajoux, un rituel religieux accompli par des hommes chasseurs et agriculteurs, qui a pour but de rendre les divinités clémentes aux humains.[extraits : aborigènes d’Australie (1901), chaman de Sibérie pour la fête de l’ours]
Et les bourrées du centre de la France ? Pour lui, sûrement liées à des rituels d’agriculteurs mais il est vain de rechercher leur origine. Il n’y a pas de traces visuelles anciennes. De nombreux Auvergnats ont émigré à Paris et même s’ils sont restés en osmose avec leur région, on ne sait pas comment s’est construite cette danse. [extraits : bourrées de l’Aubrac filmées dans les cafés, création de paroles sur des airs de bourrées inspirées d’histoires vécues dans les villages (le curé de Lacan)].
Un autre exemple : la danse de l’épée, danse d’hommes très basique, filmée dans la région de Gap, et qui se pratique toujours. Elle ne remonte pas au temps des Romains, comme les premières recherches l’ont laissé croire, mais aurait été créé en 1802 spécialement pour la visite d’un préfet. Passées les Alpes, on retrouve son pendant en Italie, dans une version plus élaborée, pratiquée avec des bâtons.
D’où vient la mascarade enregistrée vers 1968 au pays basque ? Une danse pratiquée par des hommes, en costume, qui raconte une histoire, une coutume.
Et le saut basque auquel se mêlent les hommes du village ?
La mascarade est un vestige des religions pré-chrétiennes. Elle correspond à la sortie des masques dans les villages pour annoncer, de maisons en maisons, l’arrivée de la nouvelle année ; date du nouvel an qui pouvait varier suivant les pays ou même les régions. En récompense, les masques recevaient des étrennes.
Une constante est à noter : les hommes pratiquent la danse et les femmes sont la mémoire de ces pratiques, assurant leur transmission.
Nous voici au cœur de la question : la mémoire, la transmission.
Il est facile d’écrire la musique, mais écrire, décrire la danse ?
La filmer, quand ce fut possible.
La danse à travers le cinéma est l’apothéose du film, par ses possibilités de mise en scène, les mouvements, les couleurs, la lumière. [extraits : ballets classiques, numéros de claquettes de F. Astaire, comédies musicales américaines des années 50]
Avant la première projection publique d’un film par les frères Lumière, l’étude du mouvement avait intéressé un certain Etienne Jules MAREY, créateur en 1882 de la chronophotographie dont dérive le cinéma.
Des images rondes placées sur un disque et que l’on fait défiler pour recréer le mouvement, cyclique comme celui du forgeron qui frappe, des danseurs qui évoluent, d’une personne qui parle. [extraits : images animées datant de 120 ans].
N’oublions pas que, il y a encore 40 ou 50 ans, les possibilités de filmer restaient limitées par un matériel lourd à manipuler, sensible aux conditions météorologiques, et que les bobines de film n’offraient que 10 minutes d’autonomie !
Aussi, ce qui a pu être capté reste précieux.
Jean-Dominique Lajoux possède une importante bibliothèque de films et d’archives à finir d’identifier, organiser, voire numériser afin qu’après lui, ces traces perdurent…Mémoire et transmission.
En attendant, il projette un voyage en Australie pour mai 2014. Pour chercher, encore chercher....
Quelques photos de la conférence
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